Conclusion

Au final, ce Concours Eurovision 2012 restera dans les mémoires comme un crû d’assez bonne tenue, avec un vainqueur incontestable, qui a remporté la timbale avec une confortable avance de plus de 110 points sur son challenger immédiat et qui a ensuite connu un très bon succès public, affolant les hit-parades un peu partout en Europe.

La mainmise de l’anglais sur les chansons en lice perd un peu de terrain avec simplement quinze chansons intégralement interprétées dans la langue de Shakespeare sur les vingt-six participantes, et seulement quatre au sein du Top 10. Ce timide retour aux sources mêmes de l’Eurovision perdurera-t-il ? On ne peut évidemment que le souhaiter ardemment…

Le partage du groupe des Big Five dans le classement se fait cette année encore remarquer puisque le Royaume-Uni et la France sont clairement distancés par l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, lesquels accrochent de justesse le Top 10.

La France retombe dans ses travers passés, en trustant une fois de plus les profondeurs du classement, malgré les espoirs que l’on pouvait légitimement placer dans Anggun et son « Echo » qui ont souffert à la fois d’une présentation sans lien aucun avec les paroles de la chanson, d’une réalisation nettement perfectible et une certaine contraction de l’artiste. On pouvait attendre d’une chanteuse aussi professionnelle et aguerrie qu’Anggun d’être plus détendue sur scène. Le trac s’est une fois de plus invité dans le clan français, et cette récurrence doit poser question. Comment se fait-il que les artistes français foulant la scène de l’Eurovision soient aussi souvent morts de trouille ? Des interprètes moins rompus aux grandes scènes se sont présentés encore une fois cette année, et n’ont pas laissé transparaître l’inévitable trac qui saisit l’artiste une fois dans la lumière des projecteurs.

Il conviendrait que France 3 puisse enfin réagir en ce sens et arrive à proposer à la fois une chanson potable (ce qui est globalement le cas depuis quelques années) et un porte-drapeau capable d’assumer sans ciller le fait d’être télévisé pour des millions de spectateurs. Le changement, c’est maintenant, affirme le nouveau Président de la République. Puisse la maxime se révéler exacte aussi à France Télévisions qui vient de changer l’équipe dirigeante du département Eurovision.

Réjouissons-nous par ailleurs qu’une année encore l’infamant score vierge ne soit venu punir aucun des participants, démontrant que les chansons présentées étaient à même de séduire, même un nombre restreint de personnes.

Une année encore, les prestations dépouillées du pompier grand-guignolesque qui avait cours durant les années 2000 et privilégiant la chanson sur le show proprement dit se classent honorablement, en témoignent l’Albanie, l’Estonie, l’Allemagne ou encore l’Espagne. Mais un titre à la présentation tirée au cordeau, gentiment cucul la praline, ou habilement grandiloquente sont à même de séduire, comme le démontrent la Russie, la Turquie ou la Suède, qui décroche une victoire amplement méritée.

Le triomphe suédois, doublé d’un large succès public, grâce à une chanson actuelle que l’on peut écouter sans penser a priori qu’elle émane de notre vénérable Concours, démontre que les jurys ont indubitablement fait le meilleur choix…

Profitant de cette euphorie scandinave, le Grand Prix Eurovision devrait gagner encore plus d’écho… N’est-ce pas là tout le mal qu’on lui souhaite ?

 

® MPRB