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À l’Eurovision, chaque année au printemps, une fois la dernière chanson dévoilée, les eurofans constituent leur classement qu’ils affineront au gré de la publication des clips promotionnels et des échos des pré-parties. Le réseau OGAE prépare son « pool » annuel et les bookmakers publient la liste des quatre ou cinq prétendants à la victoire.
Généralement, ces derniers voient juste et le gagnant du concours Eurovision de la chanson se trouve dans cette « short list ». Finalement, une surprise se produit assez rarement, ce qui est quelque peu frustrant, il faut le reconnaître, car rien n’est plus désagréable dans une compétition que le gagnant soit plus ou moins connu à l’avance.
Quand bien même leur chanson préférée ferait partie des favorites, au fond d’eux les eurofans abhorrent ce scénario écrit à l’avance et rêvent d’une surprise.
Heureusement, et on ne le dira jamais assez, l’Eurovision est aussi (et surtout) un concours de prestations. La plupart de ces prestations ne sont dévoilées que pendant la « semaine sainte », ce qui permet de maintenir une certaine incertitude jusqu’à la grande finale.
La dernière véritable surprise date de 2016, quand l’Ukrainienne Jamala, grâce à une prestation époustouflante, a coiffé sur le poteau les deux favoris, l’Australienne Dami Im et le Russe Sergueï Lazarev.
Dix ans plus tard, la Bulgare Dara renouvelle l’exploit, car c’en est un de déjouer tous ces pronostics qui annonçaient depuis deux mois la victoire de la Finlande. Qu’on aime ou pas « Bangaranga », sa victoire a suscité beaucoup de joie.
Personnellement, je n’aime toujours pas la chanson et quand elle pointe son nez sur une de mes playlists, j’ai tendance à appuyer sur « next song ». Mais son succès m’a fait plaisir.
J’ai eu l’occasion de croiser Dara pendant les répétitions de la London Eurovision Party en avril dernier. D’un côté j’ai été agacé par son comportement de diva (qu’elle est car c’est une célébrité en Bulgarie depuis plusieurs années), mais d’un autre côté j’ai apprécié son professionnalisme.
En effet, avec ses danseurs, elle a répété plusieurs fois avec beaucoup de soin la prestation qu’ils allaient réaliser le soir-même. Comme les grandes artistes elle cumule un comportement public à la fois extravagant et agaçant et une patience couplée à une exigence artistique tatillonne.
Son challenge est désormais de faire les choix artistiques judicieux qui lui permettront de sortir du lot des lauréats de l’Eurovision qui ont fait un petit tour et puis s’en vont.
Souhaitons-lui de réussir là où Nemo et JJ ont échoué et de connaître le succès comme Loreen ou Måneskin et son chanteur Damiano David.
Sinon, de cet Eurovision 2026, je dois avouer qu’il ne me reste plus grand-chose, si ce n’est le « Per sempre » de Sal Da Vinci qui m’avait fait “tilt” avant qu’il ne remporte le Festival de Sanremo. Malgré une voix pas toujours très juste, il a terminé 5e à Vienne grâce à une prestation qui m’a enthousiasmé et qui a été appréciée autant par le public que par les jurys.
Le parcours de l’Italie à l’Eurovision depuis son retour en 2011 est décidément incroyable. Ils ont trouvé la formule magique pour briller chaque année au concours.
Et la France ? Depuis sa résurrection à l’Eurovision en 2016, elle a connu quelques succès, mais à la différence de ses camarades du Big 4, le Royaume-Uni et l’Allemagne qui accumulent des naufrages depuis dix ans, elle ne déplore aucun gros raté hormis la 24e place de 2022.
Mais, si nous avons approché la victoire par deux fois, c’est essentiellement aux jurys que nous le devons : ils nous ont classé cinq fois dans leur Top 5 (2016, 2021, 2024, 2025 et 2026). Hélas, nous avons toujours du mal à embarquer le public avec nous.
Seuls Barbara Pravi en 2021 et Slimane en 2024 ont séduit un grand nombre de téléspectateurs.
Je reste néanmoins optimiste, car notre pays regorge de talents susceptibles de remporter le concours. Nous devons juste travailler pour proposer un pack « chanson + prestation » qui plaise aux professionnels comme au public.
Je ne vis donc pas l’aventure de Monroe à Vienne comme un échec mais plutôt comme une étape qui doit nous conduire à terme vers la victoire. Ne baissons pas les bras et poursuivons sur cette dynamique.
Et quand bien même on ne gagnerait pas, c’est toujours plus plaisant de terminer sur la partie gauche du classement que sur la partie droite !
Je pensais passer la main et laisser la direction du Coco cet été. Mais la vie ne se passe jamais comme on le prévoit. Je rempile donc une année de plus, mais accompagné d’un comité éditorial élargi avec Pascal Jézéquel, Sébastien Dias Das Almas, Jérôme Moreau-Marron, Margaux Savarit-Cornali, Benoît Blaszczyk, François Lhermite, Erwann Thuot, et Stéphane Chiffre.
Nous allons préparer le prochain numéro qui sera consacré au Concours 2027, qui se déroulera donc en Bulgarie les 11, 13 et 15 mai, à Bourgas.
Farouk Vallette
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