cocoricovision #90

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Elle est passée bien vite cette sélection nationale française. Trop vite pour qu’on puisse la déguster et la savourer comme on l’aurait voulu. On pensait que les résultats seraient serrés, que jury professionnel et téléspec­tateurs pourraient diverger dans leurs choix. Au contraire, il y a eu consensus entre le public et les jurés pour considérer que les plus à même de représenter notre pays à l’Eurovision cette année étaient Alvan & Ahez. En sortant des répétitions, la veille de l’émission, c’est d’ailleurs ce que beaucoup pensaient.
 
La contribution française à l’Eurovision 2022 aura donc un goût de Bretagne. Comme en 1996 avec Dan Ar Braz.
 
Alvan & Ahez ont su se démarquer par rapport aux onze autres candidats, dont les propositions étaient plaisantes (je continue d’en écouter certaines en boucle) mais classiques. Or, à l’Eurovision, il est important de sortir du lot, même si c’est une prise de risque. Ce concours est un lieu où il faut proposer quelque chose de différent, tout en affichant avec conviction ses racines et son univers. Måneskin, Salvador Sobral ou Jamala en sont la parfaite illustration. Et c’est aussi ce que nous ont montré Alvan & Ahez qui, avec « Fulenn », ont réussi le mélange de l’électro d’Alvan et des sonorités traditionnelles breton­nes d’Ahez. Ils ont chacun conservé leur authenticité et leur caractère et c’est ça qui est apprécié à l’Eurovision et qui fait les gagnants.
 
Ils ne sont pas les premiers à tenter le mélange des genres entre électro et tradi. Les Bulgares Elitsa Todorova & Stoyan Yankulov ont ouvert la voie avec « Voda », 5ème à Helsinki en 2007, et l’an dernier les Ukrainiens Go-A ont connu un succès inattendu avec « Shum », 5ème également, mais surtout 2ème au télévote.
 
Si évoquer une victoire est prématuré, envisager un bon classement semble tout à fait raisonnable. Il faut juste que le visuel qui sera proposé soit aussi marquant que la chanson. On devine qu’il s’inspirera de ce que la production nous a présenté le samedi 5 mars, à charge pour la team Eurovision France de rendre cette prestation encore plus éclatante. On l’a beaucoup appréciée cette sélection française et on a envie que ça continue longtemps. Après des années de sélections en interne, qui n’ont pas toujours abouti, loin s’en faut, à des choix judicieux, France Télévisions a souhaité que les téléspectateurs soient impliqués dans le choix de notre représentant et ça nous convient tout à fait. Mine de rien, nous en sommes à la 4ème sélection nationale française de suite, ce qui n’était plus arrivé depuis les années 80, et c’est toujours un plaisir.
 
On va donc suivre l’aventure d’Alvan & Ahez à Turin et, à n’en pas douter, toute la France sera derrière eux pour les soutenir le 14 mai, avec sans doute beaucoup d’émotion en Bretagne. Quant aux onze autres artistes, l’exposition qu’ils ont connu avec le programme est une chance supplémentaire de faire découvrir au public français et européen leur univers musical. Et qu’ils sachent qu’ils font maintenant partie de la famille et que leur chanson appartient désormais au patrimoine de l’Eurovision. Si un jour ils s’aventurent dans un coin improbable et reculé du continent européen, il y aura toujours un eurofan pour les croiser et les saluer.
 
Je ne peux pas terminer cet édito sans évoquer nos amis Ukrainiens, qui depuis un mois subissent le fer et le feu de la part de l’armée russe. Cet Eurovision italien ne sera pas un Eurovision comme les autres et si fête il y a à Turin, il y aura aussi de la souffrance à Kharkiv, Odessa, Lviv ou Kiev. Kiev justement, ou nous avons été gentiment accueillis il y a cinq ans. Kiev qui est aujourd’hui bombardée. Les Ukrainiens nous donnent une leçon de courage et de dignité. Leur résistance héroïque face à l’oppression mérite notre respect et notre soutien. Slava Oukraïni.
 

Farouk Vallette