cocoricovision #79

cocoricovision #79

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Ce samedi 12 mai 2018 sur les coups de minuit, je me trouve quelque part dans l’enceinte de l’Altice Arena au moment où les présentatrices portugaises Daniela Ruah et Catarina Furtado ont entamé l’haletante cérémonie des votes. La première partie est l’annonce du vote des jurys professionnels qui compte pour 50% des points attribués.

Au premier jury, l’Ukraine, mon cœur fait un bond car c’est à une « such amazing song » que sont offerts les premiers douze points : la France. Et, en quelques instants, mon cerveau passe par toutes les émotions. Alors que dans l’après-midi les premiers échos sur les votes des jurys qui avaient eu lieu la veille étaient plutôt sombres quant aux chances de nos représentants, Madame Monsieur, de remporter cet Eurovision, je me suis pris quelques secondes à rêver. Et si cette année était la bonne ?

Ça n’a pas duré longtemps, parce que très vite mon cerveau a retrouvé la raison. Mmmm, c’est un piège, l’UER veut brouiller les pistes. En effet, Jon Ola Sand et ses acolytes choisissent l’ordre de passage des votes des jurys en fonction des résultats et ils ont toujours dit que cet ordre était établi pour ménager le suspense. La suite m’a donné raison, car plus aucun autre jury ne nous donnera douze points. Petit à petit, je vois la France dégringoler et je tente de repérer à l’écran quand des points sont attribués si la France fait partie des heureux élus. Seulement la moitié des jurys nous donnera des points et hormis deux fois dix points venus de Lettonie et Lituanie ainsi qu’un surprenant huit points maltais, le reste est constitué de petits scores. Et je maudis ces jurys de pays proches de nous (géographiquement et culturellement) dont on attendait beaucoup et qui, au final, ne nous ont rien donné (Italie, Suisse, Royaume Uni, Allemagne, Pays-Bas…). Jurys de m…… !

Et puis il y a le haut du classement, là où tous les regards sont concentrés. Quand la plupart des téléspectateurs souhaite simplement connaître le pays qui va gagner, moi je me projette dans l’avenir. En 2019. L’Autriche ? Chouette ! J’ai adoré mon Concours à Vienne. Je signe tout de suite pour y retourner. La Suède ? Pfff… Encore ! Et puis là, après Malmö et Stockholm, c’est Göteborg qui nous pend au nez. C’est où ça Göteborg ? Tiens, l’Allemagne est bien placée. C’est mon chouchou. J’ai pris un risque et parié sur lui quelques heures plus tôt car je pense qu’il peut créer la surprise. Un Concours à Berlin, ça satisferait tout le monde !

C’est la fin des votes des jurys. La France est 8ème. Bon ben espérons que le public a aimé. Je n’y crois pas vraiment en fait. Je sais que c’est déjà plié pour nous. Il nous reste encore un mince espoir de Top 10. Ma chanson coup de cœur, la Bulgarie, n’est pas mieux lotie, 9ème. Pour elle aussi c’est terminé. Reste l’Allemagne qui est 4ème. Et si après les jurys, le petit Allemand (qui est en fait très grand) avait aussi ému les téléspectateurs ?

On démarre la seconde partie et les présentatrices balancent le classement du télévote (qui compte aussi pour 50% des points) du dernier au premier un par un. Mais c’est très rapide. Trop rapide. La Suède est le quatrième pays annoncé. Grand moment ! J’entends les cris de joie du public. Et je rigole doucement. Ah, quelle raclée ! Bye-bye Göteborg ! Puis arrive très vite le nom de la France. Aïe. C’est trop tôt. C’est mal barré pour le Top 10. J’essaye de compter les pays qui vont probablement nous passer devant. À la louche, on va se retrouver 14ème ou 15ème. Quelle déception ! J’espérais vraiment un Top 10.

Les noms des pays continuent à être égrainés. Daniela et Catarina annoncent l’Autriche. Je m’y attendais. Mais j’encaisse le coup. Mince, on ne retourne pas à Vienne.

On a quand même droit à une petite pause quand il en reste dix. Le temps de repérer qui peut l’emporter. L’Allemand est toujours dans la course, avec l’Israélienne et la Chypriote. Et puis tiens, le dernier des jurys, l’Ukraine, n’est toujours pas tombé. Certains votes des jurys sont décidément bien surprenants.

Et ça repart. L’Allemand est rapidement hors-course et il n’en reste bientôt plus que trois à annoncer dont l’Italie que je n’ai pas vu venir. Ermal Meta & Fabrizio Moro vont-ils venger Francesco Gabbani ? Non. L’écart de points avec Chypre et Israël, les autres pays dont on attend aussi le nom, est trop important. 2019 sera donc un Concours au soleil en Méditerranée orientale. C’est bien, mais je suis quand même déçu parce qu’aucun des deux gagnants potentiels ne me plait. Chypre serait un moindre mal. Mais au fait, ils ont une grande salle pour accueillir l’Eurovision là-bas ?

Pas la peine de se poser la question. Ça sera la loose jusqu’au bout. C’est Israël qui gagne. Je fais la gueule. Et celle-ci s’allonge quand Netta nous donne rendez-vous à Jérusalem. Pfff ! Après un Eurovision des emmerdes en 2017 dans un pays en proie à une guerre civile larvée, rebelote pour 2019 ! Nous voici plongés au cœur du très compliqué Proche-Orient.

La conférence de presse de la gagnante a achevé ma soirée. Pas de shooting photo de Netta avec son trophée (elle l’a cassé) et la presse non-israélienne est priée de sortir avant la fin. Ça promet pour Jérusalem.

J’attendais beaucoup de cet Eurovision lisboète. À part les chansons, il m’a déçu. Du point de vue de l’organisation, globalement, ce fut sans doute celui que j’ai le moins aimé et j’avais hâte de rentrer chez moi.

J’ai suivi de loin tout l’été le duel annoncé entre Jérusalem et Tel-Aviv pour la désignation de la ville hôte. Finalement ce sera Tel-Aviv. Bon. C’est quand même plus sympa que Jérusalem.

Au moment où j’achève mon édito, j’ai toujours en travers de la gorge le score de la France. J’aurais tant aimé que Madame Monsieur fasse un bon résultat. Pas seulement parce que leur chanson le méritait. Mais aussi parce que j’ai beaucoup apprécié ces deux artistes attachants et généreux.

Un second Destination Eurovision commence à se préparer pour désigner notre représentant à Tel-Aviv. J’ose un petit conseil aux professionnels qui vont sélectionner les concurrents. Privilégiez les titres qui auront la capacité de séduire l’ensemble des téléspectateurs européens. Car le télévote c’est notre faiblesse. Rappelons que sur les dix dernières années ce n’est pas Amir mais Jessy Matador en 2010 qui a obtenu le meilleur classement français au télévote, 8ème. C’est sur ce point-là que nous devons progresser.

 

Farouk Vallette