cocoricovision #102

cocoricovision #102

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En 2000, suite à la série d’échecs cuisants que la France venait de subir à l’Eurovision, Eurofans avait adressé un courrier à France Télévisions, avec copie aux médias, réclamant « de bonnes places à l’Eurovision ». Nous n’imaginions pas encore que la décennie qui s’annonçait allait être à ce point calamiteuse. Après une courte embellie en 2001 et 2002, la France est retombée dans ses travers, et cela s’est poursuivi jusqu’à une succession de désastres de 2012 à 2015, qui hantent encore nos mémoires.

En 2016, après une salutaire prise de conscience, notre pays s’est enfin décidé à prendre l’Eurovision au sérieux. Aujourd’hui, les « bonnes places à l’Eurovision » nous les avons. Que manque-t-il à notre bonheur ? Une victoire évidemment. Nous n’étions pas loin de l’obtenir en 2021 et en 2024, mais il y avait toujours un empêcheur de tourner en rond, italien ou suisse, pour nous en priver.

Cette sixième victoire, notre cheffe de délégation Alexandra Redde-Amiel la veut, et elle fait tout pour la décrocher. Cette année, elle a opté non pas pour une chanson, mais pour. une performance vocale et scénique, incarnée par une jeune artiste lyrique de 17 ans, à la voix incroyable, talentueuse et solaire, Monroe.

Cette stratégie s’explique peut-être par l’atmosphère actuelle qui baigne à l’Eurovision. Avec Nemo et JJ, grâce au soutien déterminant des jurys, l’Eurovision a couronné des voix et des performances vocales plus que des chansons. Hélas, elles n’ont pas marqué leur temps et ont été très vite oubliées comme les artistes qui les ont portées d’ailleurs.

Alors que pour Maneskin et Loreen, et dans une moindre mesure Duncan Laurence et Kalush Orchestra, la victoire avait débouché sur le succès et la notoriété, avec une chanson lauréate qu’on a entendue dans les radios et des artistes que l’on a vus en télé et sur scène dans les festivals tout au long de l’été, pour Nemo comme pour JJ ça n’a pas été le cas.

Pourtant le Suisse avait une ultime possibilité de rebondir lors de l’Eurovision 2025, où un interval act lui était consacré. Au lieu de proposer une prestation pop festive et colorée, comme celle, marquante, de Justin Timberlake avec « Can’t Stop The Feeling » en 2016 ou le medley très réussi de Benjamin Ingrosso en 2024, Nemo a gâché cette opportunité en optant pour un numéro glauque d’une extrême noirceur qui ne pouvait que faire fuir le public. Nous espérons que JJ ne suivra pas son exemple à moins qu’il ne veuille retomber dans l’anonymat comme son compère suisse.

Alexandra Redde-Amiel fait donc le pari de la continuité, dans un Eurovision où aujourd’hui les jurys professionnels donnent le la. Depuis trois ans ce sont eux qui couronnent le gagnant, jugeant les prestations plus comme des coaches de The Voice, qui mesurent la qualité vocale de l’artiste, que comme des programmateurs de radio, qui misent sur le potentiel d’une chanson et son possible succès commercial.

Finalement qu’est-ce qu’on attend de l’Eurovision ? Une performance d’un soir qui fera la buzz trois jours et sera oubliée une semaine plus tard ou un tube qu’on fredonnera tout l’été ? En répondant à cette question fondamentale, on saura comment l’Eurovision doit évoluer au moment où la décennie 2020 se termine.

Le quatuor en tête des bookmakers aujourd’hui – Finlande, France, Danemark et Australie – propose des titres typiquement dans « le style Eurovision ». On en attend une prestation scénique éblouissante et une performance vocale remarquable. Derrière eux, un duo – Grèce, Israël – présente des titres un peu plus accessibles au grand public,

mais dans un style qui risque de déplaire aux jurys. La surprise pourrait venir de l’italien Sal Da Vinci, couronné à Sanremo, dont le clip « feel good » cumule aujourd’hui 22 millions de vues sur YouTube, presque dix fois plus que ceux de la Finlande ou de la France. La Chypriote Antigoni, qui totalise presque 5 millions de vues, pourrait

également surprendre.

Pour nous offrir cette sixième victoire qui nous fuit depuis presque cinquante ans, Monroe devra relever un double défi. Premièrement, il lui faudra séduire les jurys. Sauf accident, on imagine que le jour J, ce sera le cas. Ensuite, elle devra charmer, captiver et convaincre le public. Elle en a les capacités. Sa jeunesse, son charisme, son talent et ce « je ne sais quoi » très français qu’elle dégage peuvent faire la différence. Mais pour cela, il faudra triompher du duo finlandais, Linda Lampenius et Pete Parkkonen, qui cumule aujourd’hui plus de 30% de chances de victoire d’après les parieurs. Les pre-parties ont confirmé leur potentiel. Ils seront redoutables, capables peut-être de mettre d’accord jurys et public. Dans ce cas ils seront imbattables.

Réjouissons-nous que les quatre favoris chantent dans leur langue nationale. Avec 22 titres sur 35 interprétés dans les langues nationales, entièrement ou partiellement, on retrouve l’esprit de l’Eurovision, un lieu d’échanges et de partage des styles et des cultures.

Cela fait plus de douze dans que je suis en charge de ce magazine. M’occuper du Cocoricovision m’a procuré beaucoup de plaisir et de joies. Je voulais qu’à l’heure des réseaux sociaux triomphants on y retrouve un contenu qu’on ne trouve pas ailleurs, qu’il soit un bel objet qu’on rangerait dans sa bibliothèque et qu’on pourrait relire quelques années plus tard avec plaisir. Je pense que l’objectif est atteint. Il était aussi important qu’on y lise une variété de points de vue au travers des « Qu’en avons-nous pensé ? » ou des articles rédigés par les différents contributeurs. Ce fut le cas. J’ai quelquefois fait part d’un avis tranché, parfois mordant, qui a pu surprendre, voire froisser, mais cela a permis d’ouvrir le débat. Ce numéro 102 est le fruit d’un travail d’équipe et je remercie tout ceux qui y ont participé, par la rédaction d’un article, l’envoi de photos ou une simple relecture.

Je pense qu’il est temps de passer la main et d’ouvrir une nouvelle ère pour le « Coco ». J’invite celles et ceux qui sont intéressés à prendre en charge cette responsabilité de rédac-chef à se faire connaître auprès du président Stéphane Chiffre. La prochaine AG d’Eurofans sera l’occasion de discuter du futur de ce magazine, qui est à la fois notre bien commun et un symbole fort de notre identité.

Je souhaite à toutes les lectrices et à tous les lecteurs un très bon Eurovision 2026.

 

Farouk Vallette